Mine de rien, la passionnante plongée dans le XVIe siècle, l’âge d’or des mines d’argent, fut un superbe filon !

Le dimanche 25 septembre, les volontaires pour l’aventure se sont donnés rendez-vous à Echery.

Nous sommes accueillis par Céline, notre sympathique guide Asepam (* Association Spéléologique pour l'Etude et la Protection des Anciennes Mines) et par deux fringants représentants, en costumes d’apparat et couvre-chefs d’époque, de l’Association commémorative de la Caisse des Mineurs.

 

Nous les suivons dans la Tour de l’Horloge (encore appelée Tour des Mineurs) pour une découverte commentée avec une certaine nostalgie de divers objets du musée qui racontent le riche passé minier. La caisse de solidarité, qui avait son siège dans cette tour, venait en aide aux plus démunis : mineurs malades ou invalides, veuves et orphelins ..., mais servait aussi à rétribuer un instituteur et un pasteur.

La montée au clocheton nous fait découvrir un mécanisme très perfectionné actionnant simultanément les trois horloges de la tour.

Les mineurs avaient aussi leur propre justice : le « Bergrichter » (leur juge) siégeait au premier étage et deux cellules étaient aménagées au sous-sol pour enfermer délinquants, voleurs et ivrognes, voire assassins, le temps d’un jugement et d’un transfert à la prison des Augustins à Colmar.

Par étapes, le vallon du Rauenthal nous livre quelques témoignages de l’âge d’or de l’exploitation minière comme l’église de Saint Pierre sur l’Hâte ou des maisons à tourelles de style Renaissance qui reflète l’architecture de riches demeures de Saxe, région d’origine de nombreux mineurs.

La ruée vers l’argent a fait affluer jusqu’à 3000 mineurs venus également de la Bohème, de la Forêt Noire, du Tyrol et de la Suisse.

Pas moins de 80 mines y furent exploitées à la recherche de minerais d’argent et de plomb...

En témoignent aujourd’hui près de 700 entrées d’un réseau souterrain de plus de 300 km de galeries superposées le long des filons et creusées à la lumière d’une boule de suif et de la main des mineurs équipés d’un marteau et d’une pointerolle (*une sorte de burin pointu d’une douzaine de cm, fixé sur un manche).

Dans ce complexe de mines subsiste aussi l’« Erbstollen » (encore appelé « Tiefstollen »), c’est la galerie la plus profonde qui est reliée à toutes les mines du vallon pour évacuer les eaux des galeries évitant ainsi leur inondation.

En surface il reste encore des centaines de « haldes », ces tas de déblais de roches à l’entrée de la mine et recouvertes aujourd’hui par la végétation, leur volume étant proportionnel à l’importance de l’exploitation.

Nous grimpons lentement un sentier escarpé en direction de la mine « Saint Louis Eisenthür ». Cette mine ouverte en 1549 fut exploitée jusqu’en 1570. Avant d’être équipés en bottes de caoutchouc et cirés nous profitons des aménagements extérieurs du carreau de la mine pour pique-niquer. Une photo souvenir suit la présentation d’un bloc de minerai et des outilsnécessaires à la taille de la roche.

Avec de joyeux «Glück Auf », familiers des mineurs qui se conciliaient ainsi les bons génies métalliques, nous entrons l’un après l’autre dans la mine. Passés l’étayage en bois, nous ne sommes pas vraiment rassurés en nous retrouvant dans le noir humide et frais. Alors que nous avons été priés de ne pas réveiller le redouté « Berggeist » nous ne pouvons éviter les platschs répétés au rythme de nos pas dans l’eau qui couvre le sol et l’écho de nos voix de « baleine » qui résonnent dans les entrailles à peine éclairées par nos petites frontales de spéléologues amateurs.

La galerie est étroite, sa hauteur dépasse rarement 1,80 m, sa forme est celle d’une ogive tronquée au sommet. Le boyau est sinueux avec des traces de stries régulières sur la paroi qui donnent une idée des coups de marteaux sur les pointerolles. Une équipe de deux mineurs travaillaient de front : le premier creuse la partie supérieure de la galerie, le « Sitzort « (en moyenne 1,40 m de hauteur) et le second mineur donnait à la galerie sa taille et sa forme définitives en creusant le plancher. Il veille aussi à ce que la pente de l'ouvrage soit de l'ordre de 2% afin de permettre un écoulement naturel des eaux d’infiltration vers la sortie. Leur travail en escalier les faisait avancer d’un bon pas en moyenne par semaine ... à raison de quelques cm par jour ... et par mineur ... qui usait, en huit heures, 7 à 10 pointerolles selon la dureté de la roche !

Nous avançons sans foncer ... passant devant un puits avec un treuil. Deux cuveaux y sont accrochés avec lesquels on remontait l’eau, la roche et le minerai d’un niveau à l’autre. Quand le niveau supérieur était atteint on les évacuait vers l’extérieur avec des chariots appelés les « chiens de mines » à cause du bruit d’aboiement qu’ils faisaient en roulant sur des rails en bois. A ciel ouvert le minerai était trié, broyé et concassé, tamisé puis lavé pour être ensuite réparti entre les différents partenaires de la mine, vendu et transporté à la fonderie où le métal était séparé du minerai. 12 fonderies étaient en activité jour et nuit ; 2 à 3,5 tonnes d’argent produites par an au milieu du XVIè siècle ...

Coachés par Céline et Thierry, le ciré à la place du cuir fessier et le casque à la place d’un chapeau nous font - sans hésitation - nous contorsionner dans une «châtière» (un étroit passage) qui nous mène à une galerie de la mine du Chêne où à l’époque les mineurs de deux concessions se sont rencontrés ... La température ambiante aura été quelque peu relevée par nos émotions cumulées avant de déboucher à flanc de montagne à l’air libre, au soleil, 25°C, heureux d’avoir participé à cette aventure sous terre dans les pas des mineurs d’antan.

Un grand MERCI à Céline pour sa mine d'informations qui nous ont passionnés.

 

Pour revivre l ’ aventure ... https://www.youtube.com/watch?v=7tC7Zhuio9I

En décembre 2016, deux types d ’ animations permettront de replonger dans l ’ univers de la mine Saint Louis Eisenthür : Ombres et lumières / Mineurs et gnomes en Val d ’ Argent ...

les détails et dates avec le lien suivant : http://www.valdargent-tourisme.fr/agenda-evenements?arrivee=&depart =

Les 13 et 14 mai 2017, dans le Rauenthal, l ’ Asepam propose un voyage dans le temps de la ruée vers l ’ argent à la dé couverte du quotidien des gens en 1549 ...

un petit avant goût : https://www.youtube.com/watch?v=dFnYeutXIlQ